5e article de la série : Évaluer en CAA
Évaluer en CAA : avec quels outils d’évaluation, et pourquoi faire ?
Article rédigé par Estelle RICHEZ, orthophoniste.
Quand on parle d’évaluation en Communication Alternative et Améliorée (CAA), on peut avoir l’impression qu’il existe peu d’outils vraiment adaptés, ou qu’il est difficile de s’y retrouver. En réalité, la difficulté n’est pas seulement de trouver des outils. Elle est surtout de savoir comment les choisir, comment les articuler, ce qu’ils permettent d’éclairer, et quelle place leur donner dans la démarche.
La question n’est donc pas seulement : « Quels outils utiliser ? » Elle est plutôt : « Pour comprendre quoi ? À quel moment ? Et au service de quelle décision ? »
En CAA, le point de départ ne devrait jamais être l’outil d’évaluation. Le point de départ, c’est ce que l’on cherche à mieux comprendre : les besoins de communication de la personne, sa participation dans la vie quotidienne, les obstacles qu’elle rencontre, les appuis déjà présents, les moyens de communication qu’elle utilise, ou encore les conditions qui facilitent ou freinent les échanges.
Les outils d’évaluation ont donc une place importante, mais ils ne sont pas le cœur de l’évaluation. Ils peuvent aider à structurer une observation, guider un entretien, documenter une dimension particulière ou garder une trace de ce qui a été repéré. Mais ils ne remplacent ni l’observation en contexte, ni l’analyse des partenaires et de l’environnement, ni la compréhension globale de la situation. Ils ne doivent pas non plus être confondus avec les outils de communication eux-mêmes, c’est-à-dire les supports que la personne utilise pour communiquer.
1. Les outils d’évaluation à leur juste place
Un même outil d’évaluation peut être très pertinent dans une situation, et beaucoup moins dans une autre. À l’inverse, une même question clinique peut nécessiter de croiser plusieurs outils, plusieurs observations et plusieurs points de vue.
C’est pourquoi il est souvent plus juste de se demander : « De quoi avons-nous besoin pour mieux comprendre cette situation ? » plutôt que : « Quel outil allons-nous utiliser ? »
Cette approche évite de réduire l’évaluation à une succession de grilles ou de donner à un outil une place excessive, comme s’il pouvait à lui seul dire ce qu’il faut comprendre, décider ou recommander. Un outil d’évaluation reste un support : il prend sens lorsqu’il est relié à une question précise, à une étape de l’évaluation et à un objectif clinique.
2. Des outils d’évaluation pour éclairer des dimensions différentes
Selon ce que l’on cherche à comprendre, on ne mobilisera pas les mêmes outils.
Certains aident à identifier les besoins de communication, les partenaires importants, les contextes de vie et les fonctions de communication utiles au quotidien.
D’autres permettent de documenter la participation : les situations dans lesquelles la personne communique déjà, participe partiellement, ou aurait besoin de participer davantage.
D’autres encore sont utiles pour explorer les barrières à la participation, qu’elles relèvent des occasions offertes par l’environnement ou des conditions d’accès à la CAA.
Enfin, certains outils soutiennent davantage la suite de la démarche : organiser les résultats, dégager des priorités, construire des objectifs ou suivre l’efficacité de l’accompagnement dans le temps.
Un outil n’a donc pas vraiment d’intérêt « en soi ». Il devient utile lorsqu’il aide à mieux comprendre une partie de la situation, puis à relier cette compréhension à des choix d’intervention.
3. Les outils d’évaluation au service de la démarche
4. Lire les outils d’évaluation comme des appuis, pas comme des réponses
Ce tableau peut aider à s’orienter, mais il ne faut pas le lire comme une recette, et bien sûr tous les outils d’évaluation disponibles ne sont pas répertoriés. Un même outil d’évaluation peut servir à plusieurs étapes. Par exemple, l’inventaire des réseaux sociaux peut être utile très tôt pour mieux comprendre les besoins de communication, tout en restant pertinent plus tard dans l’analyse. De la même manière, un inventaire de participation peut aider à décrire les situations de vie importantes, mais aussi à repérer certaines barrières.
La question n’est donc pas seulement « quel outil d’évaluation utiliser ? », mais aussi « qu’est-ce que cet outil d’évaluation va vraiment m’aider à comprendre ici ? ». C’est cette mise en lien qui évite l’effet catalogue ou l’empilement de grilles sans fil conducteur.
Remerciement
Nous remercions chaleureusement Estelle Richez-Hurpy, orthophoniste spécialisée en Communication Alternative et Améliorée (CAA), pour son expertise, le temps consacré à la rédaction de cette série d’articles et son engagement à rendre ces connaissances accessibles au plus grand nombre.
Quelques liens utiles pour vous !
Il existe de nombreux outils d’évaluation en CAA, voici quelques liens utiles (liste non exhaustive) :
Inventaire de participation.
Communication alternative et améliorée | De Boeck Supérieur
Inventaire ou cartographie des réseaux sociaux
https://isaac-fr.org/les_outils/linventaire-des-reseaux-sociaux-de-sarah-blackstone/
Liste de contrôle de l’environnement de communication.
Critères de qualité pour la Communication Améliorée et Alternative dans les institutions.
https://buk.ch/wp-content/uploads/2019/06/Checkliste_QM_UK_0619_franz%C3%B6sisch.pdf
The Bridge adapté pour la CAA.
https://www.labodesmots.com/post/le-bridge-adapt%C3%A9-pour-la-caa
Grille dynamique d’objectifs pour la CAA – DAGG 3.
https://download.mytobiidynavox.com/DAGG3/Documents/TD_DAGG_FR.pdf










